Le body positive selon L’Amour des trois agrumes

Je suis persuadée que le body positive peut beaucoup nous apporter, individuellement et collectivement. D’ailleurs, toutes les créations signées L’Amour des trois agrumes se revendiquent du body positive, et j’utilise très souvent cette expression pour désigner ma marque (alors que je déteste les anglicismes pour désigner les marques françaises…)

Pourquoi ? Réponse dans cet article.

Mais tout d’abord, commençons par un peu d’histoire…

Photo © Anna Shvets – Pexels

L’idée du body positive émerge dès les années 60

La notion de body positive émerge dans les années 1990. Mais dès les années 60, la National Association to Advance Fat Acceptance, créée en 1969 aux Etats-Unis, s’engage pour mettre fin aux discriminations fondées sur le poids et milite pour qu’on décorrèle le sujet du poids de celui de la santé*.

[ * Oui, une masse corporelle élevée peut favoriser des maladies comme le diabète et l’hypertension, mais non, les personnes qui ont un poids élevé ne sont pas toutes en mauvaise santé et les personnes minces ne sont pas toutes en bonne santé ; ce sont des préjugés dangereux. ]

Dans les années 90, le mouvement s’élargit. Désormais, le body positive défend pour chaque personne le droit de s’accepter et de s’aimer, mais aussi d’être acceptée et d’être aimée telle qu’elle est, sans considération de poids, de taille, de formes, d’âge, de handicap, de maladie, de couleur de peau, de religion, de genre, d’orientation sexuelle…

Photo © Anna Shvets – Pexels

S’accepter inconditionnellement

Aux fondations du body positive et du mouvement fat acceptance, on trouve aussi la volonté de lutter contre le body shaming ( = se moquer de quelqu’un en raison des caractéristiques de son corps) et de mettre fin aux injonctions créées par des standards de beauté inatteignables propagés par la pub, les œuvres culturelles, la mode, la presse… et qui sont très néfastes pour la santé physique et mentale* des personnes.

[ * On pensera notamment aux TCA : troubles du comportement alimentaires, tels que l’anorexie, la boulimie, l’hyperphagie… et aux autres maladies liées à l’image de soi. ]

Le body positive remis en question

Dans les années 2010, le body positive se réinvente sur les réseaux sociaux. Des militants et militantes aux corps variés partagent des photos d’eux et d’elles-mêmes dans un grand mouvement de réappropriation de leur image et de visibilisation de la diversité des corps. Les personnes grosses et les personnes noires, notamment, accèdent enfin à un espace médiatique dans lequel elles peuvent être vues et s’exprimer.

Malheureusement, cette 3e vague du body positive peine à atteindre ses objectifs : petit à petit, les corps les plus mis en avant sont de nouveau ceux qui se rapprochent le plus des standards de beauté conventionnels (taille marquée et poitrine généreuse, peau claire, absence de pilosité…). Les militants et les militantes s’aperçoivent avec consternation que les algorithmes censurent encore et toujours les corps gros, les personnes racisées ou encore les personnes qui ne cachent plus leur acné ou leur handicap, par exemple…

Au fur et à mesure qu’il perd de sa substance, le body positive est de plus en plus décrié par les personnes qu’il était censé aider. Petit à petit, les gens s’en détachent, et on commence alors à voir émerger les notions de self love et de body neutrality.

Photo © Roberto Hund – Pexels

Le self love et le body neutrality, alternatives au body positive

Le self love

Le self love, qu’on pourrait traduire par « amour de soi », « amour propre » ou encore « estime de soi », se différencie de l’égoïsme en ce sens que le self love prône l’amour de soi dans un but de fierté et de préservation de soi (gagner en confiance en soi, apprendre à s’aimer, prendre conscience qu’on a de la valeur et qu’il est important de prendre soin de soi…), et non dans un but de domination (ne penser qu’à soi au détriment des autres).

Le body neutrality

Le body neutrality, qu’on pourrait peut-être traduire par « neutralité corporelle » , c’est-à-dire le fait d’être neutre à l’égard de son corps, veut dépasser le body positive en n’imposant plus aux gens d’être nécessairement positifs à l’égard de leur corps, mais en les invitant à considérer leur corps de façon neutre, sans le juger ni chercher à l’aimer à tout prix. Le corps n’est qu’un véhicule, l’important c’est ce qui est à l’intérieur de nous (= notre personnalité…).

Le body neutrality apporte un soulagement bienvenu aux personnes qui n’arrivent pas à s’accepter inconditionnellement, malgré leurs efforts.

Mais alors, pourquoi est-ce que L’Amour des trois agrumes se revendique du body positive, et non du self love ou du body neutrality ?

Photo © Polina Tankilevitch – Pexels

La nécessité de lutter collectivement contre les discriminations fondées sur le corps

Pour moi (mais c’est une interprétation personnelle, et je serai ravie d’en discuter avec vous en commentaires sous cet article), le self love et le body neutrality ne sont pas suffisants pour lutter pour l’acceptation des personnes discriminées en raison de leur corps.

Le body neutrality et le self love sont des concepts intéressants pour développer la relation qu’on entretient avec soi-même.

Je comprends l’importance du self love, et je comprends que l’injonction à s’aimer inconditionnellement peut être pesante et culpabilisante pour les personnes qui n’y parviennent pas.

Mais dans une démarche collective, à l’échelle d’une société, je pense que ces deux notions ne sont pas suffisantes.

Photo © Polina Tankilevitch – Pexels

Le poids des regards extérieurs

Au quotidien, en tant que personne un peu grosse, je suis plutôt neutre vis-à-vis de mon corps. Mon poids et mes formes ne me dérangent pas, et j’oublie aussi facilement que j’ai de l’acné, ou encore des poils aux aisselles ou sur les jambes.

Mais dès que je m’expose au regard des autres, et donc à leur jugement potentiel, les choses se compliquent.

Certaines personnes se permettent de juger l’état de santé d’autrui à sa taille de vêtements. D’autres présupposent qu’on est sale et négligé·e lorsqu’on est en « surpoids ». Au-delà du 44, on trouve difficilement sa taille de vêtements en magasin. Certains meubles ne sont pas conçus pour accueillir les gens au-delà d’un certain poids ou d’une certaine largeur de hanches. On peut être discriminé·e à l’embauche ou mal pris·e en charge par les professionnel·le·s de santé en raison de son poids…

Je ne peux pas rester neutre face à cela.

Pour ne plus seulement tolérer, mais bien intégrer toutes les personnes, et faire en sorte que tout le monde ait les mêmes opportunités, on ne peut pas collectivement se contenter d’être neutre et passif ; on a besoin d’avancer activement et positivement* vers une société plus inclusive.

[ * Saviez-vous par exemple qu’en anglais, « discrimination positive » se dit « affirmative action » ? Ça prête à réfléchir… ]

Linogravure rouge orangée représenant une femme assise en tailleur en sous vêtements blancs, qui tient une margerite devant son visage
Linogravure Marguerite © L’Amour des trois agrumes
Cliquez sur la photo pour accéder à cette création sur la boutique…

Diversifier les représentations qui nous entourent

Pour participer à la création d’une société plus inclusive, il est aussi indispensable de veiller à la diversité des représentations dont on s’entoure.

C’est là que L’Amour des trois agrumes intervient.

En raison de mon poids, de mon acné, de mes poils, je me sens souvent exclue des œuvres culturelles et artistiques. Je vois peu de corps comme le mien à la télévision ou au cinéma. Et je sais que je suis loin d’être la seule…

Un certain nombre de créateur·rice·s et d’artistes valorisent quasiment exclusivement dans leurs œuvres les personnes blanches et minces, qui rentrent parfaitement dans les canons de beauté conventionnels.

Ce manque de représentations positives n’est pas sans conséquence.…

Les bons jours, on ne se sent tout simplement pas concerné·e. Mais les mauvais jours, on en vient à avoir l’impression que notre corps n’a pas le droit d’exister, et qu’on ne mérite pas d’avoir une place dans la société, ce qui peut-être très blessant, et avoir des conséquences graves*.

[* Troubles du comportement alimentaire, dépression, dysmorphophobie, automutilation… ]

Je veux faire changer cela.

deux broderies décoratives encadrées dans leur tambour à broder représentant des femmes endormies sur des feuilles géantes
Broderie décorative La dryade Callisto par L’Amour des trois agrumes
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L’Amour des trois agrumes : une marque body positive inclusive

Dans chacune de mes créations, je m’attache à représenter des corps qu’on montre rarement : des corps gros, des corps racisés, des corps qui ont été touchés par une maladie…

J’essaie de toujours le faire avec respect, délicatesse, douceur, et de toujours y mêler une touche de poésie grâce à des métaphores végétales.

Grâce à mes créations brodées et gravées, je veux permettre à chaque personne de se créer un cocon qui l’aidera à s’accepter, à s’épanouir. Et le body positive est pour moi la notion qui résume le mieux cette démarche. C’est pourquoi j’ai choisi cette expression pour définir mes créations.

Linogravure bleu marine représentant une femme le bras levé qui regarde son aisselle poilue avec des pâquerettes qui ont poussé au milieu des poils
Linogravure Bellis © L’Amour des trois agrumes
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Bibliographie :

Pour terminer, voici une bibliographie (loin d’être exhaustive) sur les questions de rapport aux corps, de grossophobie, de pilophobie, de rapport au genre…

Et si vous avez des références à partager, n’hésitez pas à le faire en commentaires ! 🙂

On ne naît pas grosse, Gabrielle Deydier

Gros n’est pas un gros mot, Daria Marx

Hunger, Roxane Gay

Health At Every Size, Linda Bacon

Parlons poil ! Le corps des femmes sous contrôle, Juliette Lenrouilly et Léa Taieb

Girls will be girls, Emer O’Toole

Beauté fatale, Mona Chollet

Et vous, vous connaissiez déjà les différences entre les notions de body positive, de self love ou encore de body neutrality ? Vous reconnaissez-vous dans l’une ou plusieurs de ces notions ? N’hésitez pas à réagir en commentaires ci-dessous.

Photo © Polina Tankilevitch – Pexels

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